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Denier de Sextus Pompée avec les frères de Catane

réf. : fr.1959.2019 | 21 mars 2019 | par Francis Leveque
monnaies | 3e quart du Ier siècle av. J.-C.
Sicile ( Italie )
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Monnaie de propagande au profit de Sextus Pompée alors qu’il exerce un blocus sur Rome depuis la Sicile.

Denier d’argent coulé de 19,8 mm de diamètre, pesant 3,81 g.

Nom de l’atelier : Sicile

Date : fin 42 av. J.-C.

Recto :

MAG PIVS IMP ITER
Traduction : Magnus Pius Imp(erator) Iter(um)
([Pompée] le Grand, pieux, imperator pour la deuxième fois)

Description : Tête de Pompée le Grand à droite ; derrière, capis, devant, lituus ; autour, inscription.
Bordure perlée.

Verso :

Texte : PRÆF au dessus, CLAS•ET•ORÆ•MARIT•EX•S•C en exergue
Traduction : Praef(ectus) clas(sis) et orae marit(imae) ex s(enatus) c(onsulto).
(Préfet de la flotte et de la côte maritime par décret du Sénat)

Description : Neptune, à gauche, le pied sur une proue et tenant un aplustre ; de part et d’autre, les frères de Catane, Anapias et Amphinomos, portant père et mère sur leurs épaules

Commentaire :

Sextus Pompée est le fils cadet du grand Pompée. Il a survécu à la bataille de Munda en 45 où son frère Cnaeus trouva la mort. Il continue la lutte et obtient même des succès en Bétique contre Asinius Pollion début 44, ce qui lui permet d’être salué imperator par ses troupes.

Après l’assassinat de César en mars 44, auquel Sextus Pompée n’a pas participé, et sur demande de Lépide, le Sénat Romain le nomme préfet de la flotte de la République et des côtes romaines, et l’autorisa à établir la base militaire de sa flotte puissante à Marseille ! Quatre mois plus tard, à la demande d’octave, le Sénat déclare Sextus Pompée « ennemi public ».

Puis Sextus Pompée prend le contrôle de la Sicile fin 43 ou début 42. Il obtient une victoire navale importante contre la flotte d’Octave commandée par Salvidienus pendant l’été 42 au large du promontoire de Scyllaeum [1]. Il devient maître de la Méditerranée et fut même surnommé le « fils de Neptune ».

Sextus Pompée intercepte alors les navires de ravitaillement de blé à destination de Rome. Il réussit à rassembler une importante flotte et s’empare de la Corse-Sardaigne et de la Sicile en 41 av. J.-C.

Après avoir été écarté du pacte de Brindes, mais Sextus Pompée est intégré au traité de Misène. Une courte trêve est trouvée en 39 et il devient officiellement gouverneur de la Sicile, de la Sardaigne, de la Corse, et de l’Achaïe. Mais les hostilités reprennent l’année suivante. malgré une deuxième victoire sur Octave à Messine, devant le promontoire du Scyllaeum, Sextus Pompée est ensuite battu par Octave et Agrippa lors de la bataille de Nauloque en 36 av. J.-C. Après avoir pris la fuite vers l’Orient, à Milet, il est assassiné l’année suivante en Bithynie, sur l’ordre de Marc Antoine.

La datation de la monnaie

Sextus Pompée accorde une place essentielle à l’image du père et du frère, chaque fois accompagnés des symboles de leurs charges sacerdotales : Pompée le Grand avec la cruche et le lituus, ou le lituus seul ; Cnaeus avec le trépied du XVuir sacris faciundis.
Sextus n’obtient la charge d’augure qu’en août 39, par le traité de Misène.

S. Estiot a montré par l’analyse des trésors monétaires que cette monnaie est datée de 43-42 av. J.-C. précisément. Elle est en effet présente par deux exemplaires dans le gros trésor d’Alvignano (2 334 pièces) où aucune pièce n’est postérieure à l’année 42 [2]. Il est présent dans d’autres trésors postérieurs. Mais le denier au phare et le denier au trophée sont absents de ce trésor et d’autres de 42.
Sextus Pompée n’obtient le titre de préfet de la flotte qu’en avril 43. Et cette monnaie ne peut être que postérieure.
Il ne s’impose en Sicile face à A. Pompeius Bithynicus qu’au début de l’année 42 ce qui lui donne la possibilité de battre monnaie. Il ne peut mettre un monnayage auparavant pour son propre compte puisqu’il n’en a pas la fonction et que les troupes du préfet de la flotte sont payées par le Sénat.
La mention de sa seconde proclamation imperator pour la seconde fois est un titre qu’il obtient à la suite de sa victoire sur Q. Salvidienus Rufus à la fin de l’été 42.

Ce denier est sans doute le premier que Sextus Pompée émet pour son compte en Sicile dès la deuxième moitié de l’année 42. Il est contemporain d’un aureus d’Octave daté de 42 qui montre Enée portant son père Anchise sur ses épaules (RRC 494/3b). Octave a imité un thème qui fonctionnait bien pour Sextus Pompée, à moins que ce ne soit l’inverse ... Ce denier date donc de la fin de l’année 42.

Un thème de propagande sicilien

Sextus Pompée utilise ici le mythe des frères de Catane, Anapias et Amphinomos, portant père et mère sur leurs épaules. Ils symbolisent la pietas filiale en les prenant sur leurs épaules lors d’une éruption de l’Etna : le fleuve de lave, en se divisant devant eux pour les laisser « comme sur une île au milieu des flammes », les avait miraculeusement épargnés.
Le thème n’avait été utilisé qu’un seule fois par M. Herennius, en 108 av. J.-C. (RRC 308/1) mais il ne figurait qu’un frère sur chaque face.
La symbolique de ce thème sicilien porte ici un double sens qu’exploite bien Sextus Pompée.
Ces images étaient bien connues d’un large public, à cette époque peut-être même davantage qu’Enée. Elles étaient représentée sur l’avers de monnaies de bronze émise à Catane.

La proue sous le pied de Neptune

Ici, l’assimilation des deux frères catanéens à Cnaeus et à Sextus, au revers du denier, est évidente. Neptune, au centre, entre eux, représente leur père. Musculeux, couronné, avec un pied sur une proue orientée à gauche, le dieu de la mer montre qu’il domine les navires. Mais il n’est pas montré fier et victorieux. Au contraire, courbé, il fait le geste d’apporter un applustre à 5 branches. Sextus Pompée se glorifie peut-être d’avoir acquis un navire amiral, traditionnellement un 5 à cette période, qu’il a mis sous la protection de Neptune. Mais Neptune lui a peut-être permis cette acquisition lors de sa victoire sur Q. Salvidienus Rufus. Dans ce cas on comprend l’importance de cette bataille et l’acclamation imperator qui a suivi.

Cette proue à gauche se compose d’un trident et du stolos. J’ai choisi cet exemplaire qui ne montre malheureusement pas toute la scène parce que la proue est la mieux détaillée.
On distingue plusieurs lignes horizontales qui paraissent désordonnées au premier coup d’oeil. Mais on y reconnait des détails présents sur d’autres documents.

L’étrave, sous le stolos, présente 2 pointes, l’une à mi-hauteur, l’autre en bas. Cela signifie que l’éperon n’est pas représenté en forme de trident ; l’auteur n’avait pas la place d’ajouter ce détail dans une représentation si petite. Cet éperon est dans la continuité de la 2e ligne (en partant du bas), ligne légèrement oblique. Il s’agit de la préceinte qui supporte l’éperon comme on le voit sur d’autres représentations. L’éperon se trouve à la jonction avec la quille (ligne du bas) pour mieux répartir les force lors de l’impact à l’éperonnage.
La 3e ligne, horizontale, est une préceinte haute. Elle soutient le proembolon qui sert de heurtoir.
Enfin la ligne supérieure montre le plat-bord.


[1Dion Cassius, XLVIII,18 ; Appien, Guerres civiles, IV, 85

[2S. Estiot, 2006, p. 144

        

Bibliographie :

  • E. BABELON, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine (B), Rollin et Feuardent, Paris et Londres , 1885-1886, vol. II, n° 25-27, Pompeia
  • H.A. Gruber, Coins of the roman republic in the British Museum (BMC/RR), Londres , 1910, n° 7-12, Sicily
  • E.A Sydenham, The Coinage of the Roman Republic (CRR), Londres , 1952 (réimpr. 1976), n° 1344-1345
  • M.H. Crawford, Roman Republican Coinage (RRC), Cambridge , 1970, n° 511/3a
  • H. Cohen, Description historique des monnaies frappées sous l’Empire Romain Réimpr. de [la 2e éd.] augm. (C), C. Burgan-Maison Florange, Paris , 1995, n° 25-26, Pompeia
  • D.R. Sear, The history and coinage of the Romans imperators (49-27 BC) (CRI), Spink and Son Ltd, Londres , 1998, n° 334
  • D.R. Sear, Roman coins and their values, the millenium edition (RCV), Spink and Son Ltd, Londres , 2000-2014, n° 1392
  • S. Estiot , Sex. pompée, la Sicile et la monnaie. Problème de datation, in Aere perennius : en hommage à Hubert Zehnacker (2003), Presses de l, Paris , 2006
  • Y. Berthelet, La crosse et la cruche Symboles de légitimité de l’imperium ou symbolesde l’augurat ?, in Cahiers « Mondes anciens », vol. 4, Journées doctorales ANHIMA 2010 et 2011 , 2013, p.7-8
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