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  Grèce hellénistique   :|:   Document

Graffito d’un voilier robuste de Délos

réf. : fr.1823.2018 | 19 décembre 2018 | par Francis Leveque
graffiti | Milieu du Ier siècle av. J.-C.
Délos, Iles de l’Egée ( Grèce )
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La représentation originale de ce navire laisse d’abord croire à un ensemble désordonné. Les hachures de la coque en forme d’arêtes de poisson suggèrent un dessin chargé de symbole, d’autant plus qu’un poisson orne ouvertement la proue. Pourtant l’auteur a fait preuve de connaissances précises. Il a même tenu à montrer la cargaison, ce qui est une préoccupation bien rare.

Le graffito provient du quartier du théâtre, de la maison C de l’insula II, plus précisément du mur sud de la cour C. Les murs de cette maison datent de la fin de la période hellénistique, vraisemblablement du milieu du Ier s. J.-C. postérieure aux pillages de Délos (88 et 69 av. J.C.). Sur la même paroi se trouvent plusieurs graffiti, dont celui-ci.

Il a été relevé entre 1930 et 1933 par Dominique CARLINI, capitaine de frégate, attaché naval de France à Athènes, avec le concours de l’Ecole Française.

Dimensions :
- hauteur : 7 cm
- largeur : 7 cm

Ce graffito se trouve face à deux petits graffiti schématiques de navire : un graffito de voilier et un graffito de coque avec des rames. Il est impossible, d’après le relevé de Carlini rapporté par L. Basch, d’affirmer leur lien exact. C’est pourquoi je les sépare comme semble l’avoir fait L. Basch.

La coque présente une silhouette inhabituelle. Elle est séparée en trois registres qui demandent une interprétation chacun. Pour cela il faut convenir de certains repères : la poupe courbe avec un gouvernail se trouve à droite, un œil apotropaïque semble être dessiné à gauche dans le registre haut, une ancre est dessinée à gauche dans le registre central.
Le registre supérieur parcourt toute la longueur du bateau, du sommet de la poupe à l’étrave. Celle-ci est clairement verticale. La proue n’est pas surmontée de l’habituel « stolos » mis on repère un cercle et un poisson pour orner son sommet à la même hauteur que le plat-bord. Les hachures du bas-gauche vers le haut-droite ne sont pas communes, peut-être s’agit-il du bordé ou d’un pavois. le gouvernail sort de la coque par ce registre.
Le registre central épouse la même courbure que la quille, deux traits joignent le sommet de la poupe à la l’étrave. Celle-ci présente, dans le prolongement des deux traits de séparation, une pointe en forme de triangle, à mi-hauteur. Ce triangle n’est pas au bon endroit pour représenter un taillemer ou un éperon, à moins qu’il ne s’agisse d’un taillemer retroussé ou d’un étrange proebolon qu’on voit sur des navires de guerre. Les deux traits horizontaux qui délimitent ce registre sont peut-être des préceintes. Toute la longueur de ce registre est régulièrement découpé verticalement par des traits qui séparent des quadrilatères dans lesquels l’auteur a représenté des objets. Dans le premier compartiment, à gauche, on repère une ancre à l’horizontal, une ancre « moderne » familière avec un jas et un crochet à deux pelles au bout de la verge, et un anneau à l’extrémité. Le contenu des autres compartiments n’est pas facile à déterminer, peut-être reconnait-on une cruche dans le 4e compartiment. On peut en déduire que l’auteur a voulu montrer le contenu de la cargaison dans ces compartiments.
Le registre inférieur est hachuré sur toute sa longueur. Les hachures sont du haut-gauche vers le bas droite, ce qui est le sens habituel des rames sur les représentations. On en compte 16. Elles forment avec les hachures du registre supérieur une impression d’arêtes de poisson. L’extrémité avant de ce registre est perdu, il est donc impossible de définir sa forme, encore moins d’imaginer la présence d’un taillement.

Le gréement est représenté de manière complexe par un ensemble de traits qui s’entrecroisent. Le mat est en position centrale. Il se prolonge en bas jusqu’à la quille même si cet assemblage n’est pas visible pour un observateur dans la réalité.
Deux séries de traits provenant de l’avant et l’arrière du pont semblent se rejoindre au sommet du mat, dans une zone du graffito qui est manquante ; ce sont les étais.
De nombreux autres traits partent de la vergue à espace régulier vers l’arrière du pont, formant une courbure pour les traits partant de la moitié droite de la vergue, et des traits droits pour ceux qui partent de la moitié gauche. Ces caractéristiques nous conduisent à y voir des cargues, ces cordages, manœuvrés depuis le pont, qui servent à carguer (replier) les voiles. Les points d’accroche ne sont pas explicites mais les ceux qui le sont se joignent au même point sur la préceinte haute. Deux autres lignes se joignent près du mat, à hauteur du plat-bord, et se prolongent par un seul trait jusqu’au registre central, plus précisément jusqu’à la préceinte haute. Le même détail se répète au sommet de la poupe. Ce dispositif laisse penser qu’il s’agit de la représentation de des écoutes qui tirent sur les angles bas de la voile.
La voile n’est pas représentée clairement.
Le trait quasiment vertical qui relie l’extrémité gauche de la vergue à la proue est un bras qui sert à orienter la vergue.

        

Bibliographie :

  • Carlini, Les galères antiques, in Bulletin de l'Association technique, maritime et aéronautique, vol. 38 , 1934
  • L. Basch, Le musée imaginaire de la marine antique (MIMA), Institut hellénique pour la préservation de la tradition nautique, Athènes , 1987, p.373, fig. 9
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